INTERVIEW DE BENOITE GROULT
Moins d’un an après la sortie du broché, après des mois d’un succès critique et public inattendu, la version poche de ‘La Touche étoile’ vient de paraître et s’octroie déjà la deuxième place des ventes. Pour l’occasion, Benoîte Groult est sur le Salon du livre pour rencontrer, tout sourire dehors, un public visiblement conquis.
Elle court le monde et ses salons littéraires pour présenter sa ‘Touche étoile’ à un public qui ne cesse de grandir. A la porte de Versailles, Benoîte Groult est une star, un auteur devant qui on se bouscule pour faire signer son exemplaire. Cinquième plus gros succès librairie catégorie roman en 2006, ‘La Touche étoile’ n’a pas fini de briller et l’écrivain-féministe savoure un plébiscite populaire bien mérité. Retour sur un succès stellaire.
Etiez-vous préparée à l’engouement général provoqué par votre roman, ou est-ce juste un beau cadeau des étoiles ?
Je m’y attendais un petit peu. Mon éditeur, lui, pas du tout. Il m’a d’abord dit que personne ne voulait entendre parler de la vieillesse. Puis, comme je suis encore féministe, que le féminisme embêtait tout le monde. Enfin, cela faisait huit ou neuf ans que je n’avais pas écrit, donc j’étais oubliée ! (rires) Aussi nous croyions plutôt à un tout petit succès de souvenir, parce que j’ai tout de même beaucoup écrit et que j’ai un public de fidèles. Et puis... la vieillesse est sans doute un sujet universel.
Votre public, celui qui vient vous voir pour faire dédicacer le livre, est complètement plurigénérationnel. Cela vous surprend-il ?
J’étais très étonnée d’apprendre qu’en poche ‘La Touche étoile’ se vendait déjà très bien. Cela veut dire que des jeunes l’achètent aussi. C’est un produit qui s’adresse à un plus large public. Alors oui, cela me fait plaisir. Peut-être les jeunes ont-ils envie de savoir ce que l’on ressent en vieillissant. Ou peut-être l’achètent-ils pour leurs parents ?!
Ce qui surprend dans votre roman, c’est le langage, très “jeune”. Cela vous a-t-il demandé un effort d’adaptation particulier ?
Non, on n’arrive jamais à s’adapter. On écrit comme ça sort vraiment de soi. Je ne me suis pas forcée. Je vis ma vieillesse comme ça... Je fais encore de la bicyclette, c’est un effort, mais j’aime ça !
Le roman repose à la fois sur la vie d’une journaliste vieillissante, et sur l’histoire d’amour de sa fille avec Brian, un Irlandais. Cette seconde trame relève-t-elle d’une volonté de ne pas parler que de la vieillesse ?
Absolument. Il faut aussi montrer la partie lumineuse de la vie, pas simplement la descente, la chute. Et puis cela me permettait de décrire l’Irlande où j’ai longtemps vécu, dont je suis toujours amoureuse et où je vais encore tous les ans pêcher la crevette.
Avez-vous aussi votre Brian là-bas ?
Non, cette partie est totalement romanesque. Je n’ai pas eu d’histoire irlandaise mais c’est un pays où l’on rêve tellement aux légendes, aux histoires d’amour anciennes, que cela vient très facilement au bout de la plume. J’ai été très frappée du fait que dans ce pays, l’irréel et le poétique sont aussi quotidiens que la vie matérielle. Cela me plaisait beaucoup d’avoir un épisode, de décrire un amour irlandais, un peu à la Tristan et Iseult, un amour fantasmé, rêvé. Mais c’est aussi vrai que la réalité souvent, et ça aide à compenser la vérité.
Et l’expérience de cette mère qui vieillit, qui achète un ordinateur mais ne parvient pas à l’utiliser, est-ce du vécu ?
C’est une expérience réelle. J’ai un ordinateur, mais il est toujours dans un carton. Je n’ai pas vraiment le temps parce que je suis toujours en voyage, mais je vais bien être obligée de m’y mettre à Belzébuth, comme je l’appelle dans mon livre. Pourtant cela ne correspond pas du tout à ma nature. J’ai toujours écrit à la main. Ma fille me dit que je suis encore au Moyen Age parce que je scotche entre eux des morceaux de papier que je déchire. Je ne suis pas de la génération de l’électronique.
Aimeriez-vous donner une suite à ‘La Touche étoile’ ?
J’écrirai autre chose, peut-être, mais sûrement pas la suite, parce que c’est un miracle que j’aie réussi à parler de la vieillesse sans être sinistre, sans non plus passer mon temps à en plaisanter. Je n’oserai plus aborder le sujet. J’ai déjà 87 ans, alors ça serait quoi, l’histoire d’une centenaire ? Non.
En même temps le sujet du vieillissement est complètement d’actualité.
C’est vrai, il y aura de plus en plus de personnes âgées, etc. Mais j’ai attendu d’être très avancée en vieillesse pour écrire. On parle de beaucoup d’auteurs comme Servan-Schreiber et de Rosnay. Ils ont 60 ans quand ils écrivent sur la vieillesse. Ils n’en connaissent rien, alors ils disent que ça n’est pas si mal que ça. Evidemment, à 60 ans, ça va très bien. A 87 ça me semble plus intéressant à décrire...
Sur quoi aimeriez-vous écrire maintenant ?
Je ne sais pas. Je suis encore complètement dans ce roman. Je parle d’âge, de vieillesse et d’euthanasie tous les jours. D’abord j’en ai un peu marre... Ensuite j’aimerais faire un peu autre chose.