Le livre du 4 juin 2007

La touche étoile de Benoite Groult

Biographie de Benoîte Groult

Née à Paris en 1920, Benoîte Groult grandit dans un milieu intellectuel et artistique : ses parents fréquentent les peintres et les écrivains d'avant-guerre, Picasso, Picabia, Jouhandeau, Paul Morand... Après avoir enseigné le latin et la littérature, elle commence le métier de journaliste, qu'elle exercera tout au long de sa vie, en parallèle à sa carrière d'écrivain. C'est en 1958 qu'elle publie son premier roman, 'Journal à quatre mains', écrit avec sa soeur Flora. Suivent deux autres romans de leur collaboration. En 1972, elle publie seule 'La Part des choses', puis 'Ainsi soit-elle' trois ans plus tard, essai sur la condition féminine qui connaît un grand succès mondial. Suivront plusieurs romans, 'Les Trois Quarts du temps', 'Les Vaisseaux du coeur', des biographies de femmes féministes (Olympe de Gouges, Pauline Rolland) , ainsi que des essais, 'Le Féminisme au masculin', 'Cette mâle assurance'. Ses activités d'écrivain et de journaliste ne l'empêchent pas de présider la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions, fondée par Yvette Roudy, ni d'être membre du jury Femina depuis 1982. Elle revient sur sa vie en 1997 dans 'Histoire d'une évasion'. Sa vie privée, tout comme sa vie publique, se partage entre le journalisme et la littérature : après avoir été mariée au reporter Georges de Caunes, avec lequel elle a eu deux filles, elle épouse en 1951 l'écrivain Paul Guimard, union de laquelle naîtra encore une fille.

INTERVIEW DE BENOITE GROULT


Moins d’un an après la sortie du broché, après des mois d’un succès critique et public inattendu, la version poche de ‘La Touche étoile’ vient de paraître et s’octroie déjà la deuxième place des ventes. Pour l’occasion, Benoîte Groult est sur le Salon du livre pour rencontrer, tout sourire dehors, un public visiblement conquis.

 

 

Elle court le monde et ses salons littéraires pour présenter sa ‘Touche étoile’ à un public qui ne cesse de grandir. A la porte de Versailles, Benoîte Groult est une star, un auteur devant qui on se bouscule pour faire signer son exemplaire. Cinquième plus gros succès librairie catégorie roman en 2006, ‘La Touche étoile’ n’a pas fini de briller et l’écrivain-féministe savoure un plébiscite populaire bien mérité. Retour sur un succès stellaire.


Etiez-vous préparée à l’engouement général provoqué par votre roman, ou est-ce juste un beau cadeau des étoiles ?

Je m’y attendais un petit peu. Mon éditeur, lui, pas du tout. Il m’a d’abord dit que personne ne voulait entendre parler de la vieillesse. Puis, comme je suis encore féministe, que le féminisme embêtait tout le monde. Enfin, cela faisait huit ou neuf ans que je n’avais pas écrit, donc j’étais oubliée ! (rires) Aussi nous croyions plutôt à un tout petit succès de souvenir, parce que j’ai tout de même beaucoup écrit et que j’ai un public de fidèles. Et puis... la vieillesse est sans doute un sujet universel.

 

 

Votre public, celui qui vient vous voir pour faire dédicacer le livre, est complètement plurigénérationnel. Cela vous surprend-il ?

 

J’étais très étonnée d’apprendre qu’en poche ‘La Touche étoile’ se vendait déjà très bien. Cela veut dire que des jeunes l’achètent aussi. C’est un produit qui s’adresse à un plus large public. Alors oui, cela me fait plaisir. Peut-être les jeunes ont-ils envie de savoir ce que l’on ressent en vieillissant. Ou peut-être l’achètent-ils pour leurs parents ?!


Ce qui surprend dans votre roman, c’est le langage, très “jeune”. Cela vous a-t-il demandé un effort d’adaptation particulier ?

Non, on n’arrive jamais à s’adapter. On écrit comme ça sort vraiment de soi. Je ne me suis pas forcée. Je vis ma vieillesse comme ça... Je fais encore de la bicyclette, c’est un effort, mais j’aime ça !

 

Le roman repose à la fois sur la vie d’une journaliste vieillissante, et sur l’histoire d’amour de sa fille avec Brian, un Irlandais. Cette seconde trame relève-t-elle d’une volonté de ne pas parler que de la vieillesse ?

 

Absolument. Il faut aussi montrer la partie lumineuse de la vie, pas simplement la descente, la chute. Et puis cela me permettait de décrire l’Irlande où j’ai longtemps vécu, dont je suis toujours amoureuse et où je vais encore tous les ans pêcher la crevette.


Avez-vous aussi votre Brian là-bas ?

Non, cette partie est totalement romanesque. Je n’ai pas eu d’histoire irlandaise mais c’est un pays où l’on rêve tellement aux légendes, aux histoires d’amour anciennes, que cela vient très facilement au bout de la plume. J’ai été très frappée du fait que dans ce pays, l’irréel et le poétique sont aussi quotidiens que la vie matérielle. Cela me plaisait beaucoup d’avoir un épisode, de décrire un amour irlandais, un peu à la Tristan et Iseult, un amour fantasmé, rêvé. Mais c’est aussi vrai que la réalité souvent, et ça aide à compenser la vérité.


Et l’expérience de cette mère qui vieillit, qui achète un ordinateur mais ne parvient pas à l’utiliser, est-ce du vécu ?

C’est une expérience réelle. J’ai un ordinateur, mais il est toujours dans un carton. Je n’ai pas vraiment le temps parce que je suis toujours en voyage, mais je vais bien être obligée de m’y mettre à Belzébuth, comme je l’appelle dans mon livre. Pourtant cela ne correspond pas du tout à ma nature. J’ai toujours écrit à la main. Ma fille me dit que je suis encore au Moyen Age parce que je scotche entre eux des morceaux de papier que je déchire. Je ne suis pas de la génération de l’électronique.


Aimeriez-vous donner une suite à ‘La Touche étoile’ ?

J’écrirai autre chose, peut-être, mais sûrement pas la suite, parce que c’est un miracle que j’aie réussi à parler de la vieillesse sans être sinistre, sans non plus passer mon temps à en plaisanter. Je n’oserai plus aborder le sujet. J’ai déjà 87 ans, alors ça serait quoi, l’histoire d’une centenaire ? Non.


En même temps le sujet du vieillissement est complètement d’actualité.

 

C’est vrai, il y aura de plus en plus de personnes âgées, etc. Mais j’ai attendu d’être très avancée en vieillesse pour écrire. On parle de beaucoup d’auteurs comme Servan-Schreiber et de Rosnay. Ils ont 60 ans quand ils écrivent sur la vieillesse. Ils n’en connaissent rien, alors ils disent que ça n’est pas si mal que ça. Evidemment, à 60 ans, ça va très bien. A 87 ça me semble plus intéressant à décrire...


Sur quoi aimeriez-vous écrire maintenant ?

Je ne sais pas. Je suis encore complètement dans ce roman. Je parle d’âge, de vieillesse et d’euthanasie tous les jours. D’abord j’en ai un peu marre... Ensuite j’aimerais faire un peu autre chose.