|
!
Auteur(s) : Eric Hazan Editeur : Points Collection : Points Date de parution : Oct 2004
Parcours singulier que celui d'Eric Hazan, homme d'âge mûr qui, pour son premier livre, n'a pas choisi un sujet facile : Paris, ville-monde sur laquelle on croyait que tout avait été dit, redit, et surtout écrit. Parcours singulier, oui, car avant de devenir éditeur (aux éditions Hazan, tout d'abord, créées par son père, puis à La Fabrique, maison qu'il a fondée en 1999), il était chirurgien. De l'art de trier et coudre les viscères à l'étude de la vie organique de la ville-lumière, il n'y a qu'un pas, qu'Eric Hazan a franchi aisément… en inlassable piéton de Paris, comme il convient, dans la grande tradition des écrivains arpenteurs de rue et croqueurs d'histoire(s) : songeons au XVIIIe siècle à Mercier et à ses célèbres Tableaux de Paris, puis à Balzac, à Nerval et à Baudelaire, et, bien sûr, plus proche de nous, à Walter Benjamin qui, dans son célèbre Livre des passages, fit de Paris la capitale du XIXe siècle.
Bref, Eric Hazan arrive après tout ce beau monde et soutient la comparaison sans l'ombre d'un doute, avec un livre à la fois élégant et piquant qui vaut autant par la vaste culture historique qu'il déploie que par l'acuité du regard qu'il projette sur l'affadissement contemporain de la capitale...… Soit une ville livrée à la spéculation immobilière, à la médiocrité d'une architecture standardisée et peut-être surtout menacée de muséification. Paris, ville morte ? Pas encore, car, comme le rappelle Eric Hazan, " ceux qui pensent qu'à Paris la partie est finie, ceux qui affirment n'avoir jamais vu d'explosion dans un musée, ceux qui chaque jour travaillent à ravaler la façade de la vieille caserne républicaine devraient réfléchir aux variations de cette grandeur qui n'a cessé, au fil des siècles, de surprendre tous les prédécesseurs : la force de rupture de Paris ".
Et en effet, cette force de rupture est partout dans les promenades que nous proposent l'auteur, au carrefour de l'histoire et de l'imaginaire, notamment littéraire, de Scarron à Barthes ; à l'intersection de la vie du peuple dans les faubourgs crasseux, de celle des aristocrates dans les hôtels particuliers et les beaux quartiers, des bourgeois et des intellectuels sur les boulevards ; au point de jonction, aussi, des révolutions artistiques et politiques - songeons aux émeutes du faubourg Saint-Antoine au printemps 1789 ou à Mai-68 - qui ont tant marqué le devenir et l'esprit de la capitale. Ici , on l'aura compris, la flânerie n'est pas à confondre avec la déambulation gratuite, la littérature avec le guide touristique, le sens historique avec le musée. Un très beau livre, où l'érudition le dispute à la virulence.
|